Ilan Pappé lors d'une conférence à San Francisco le 28 octobre 2005.

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Et les efforts de négociation, par ailleurs, les efforts diplomatiques, n'apporteront pas la fin des souffrances des Palestiniens sur le terrain. C'est très clair. Un énième plan de paix ne mettra pas fin à l'occupation. La question est donc : QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?, si telle est bien, comme je le pense, la situation. Et je pense que le seul moyen non-violent qui nous soit offert, ce sont les pressions extérieures sur Israël. Si les gouvernements ne veulent pas s'en charger, c'est aux sociétés civiles de le faire. Et c'est là la différence, qui existe parfois, entre des sanctions et un boycott. Les sanctions, c'est quelque chose dont vous attendez de vos gouvernements qu'ils finissent par se résoudre à l'imposer à des pays qui doivent apprendre à se conduire comme il faut. Un boycott, c'est quelque chose que la société elle-même peut mettre en ouvre avant que le gouvernement ne le fasse. Et c'est la seule méthode susceptible de marcher, je pense. Il faut lancer des campagnes du type des campagnes de désinvestissement en cours aux Etats-Unis. La force potentielle d'une telle option n'est pas encore vraiment palpable, parce que ces actions viennent tout juste de démarrer, mais la simple information qu'elles l'ont fait a envoyé aux Israéliens un message très important. Je pense que cela envoie véritablement le message qu'une étiquette portant l'indication du prix à payer est attachée à la politique d'occupation continuée. C'est en l'occurrence la seule voie dégagée, pour le militantisme, en ce qui concerne la Palestine et Israël aujourd'hui : il faut que les Israéliens, ou plus exactement l'Etat israélien devienne un Etat paria et le reste tant que sa politique d'occupation se poursuivra.

Malheureusement, et je dis ceci en tant qu'Israélien, il n'y a aucune autre manière de réussir à faire quoi que ce soit. Aussi, c'est bien cette ligne d'action qui a d'ores et déjà été adoptée en Europe par divers syndicats, groupements et associations. Je pense que cela va prendre de l'élan et de l'ampleur, au fil des mois à venir. Cela ne sera pas facile. Les Israéliens ne vont pas manquer de tirer leurs missiles préférés contre cette activité de boycottage ; à savoir l'accusation d'antisémitisme, dont le maniement n'est pas aisé, mais qu'ils sont habiles à utiliser. C'est là quelque chose que nous devons tous, nous tous, les juifs et les non-juifs, savoir, et c'est là ce à quoi nous devons tous nous confronter. Nous savons qu'il ne s'agit en rien d'antisémitisme, nous savons bien que la manière dont Israël se comporte est on ne peut plus « anti-juive » et, de fait, on souhaiterait que les communautés juives, de par le monde, disent : « En tant que juifs, nous avons honte de ce qu'Israël fait subir aux Palestiniens », non pas simplement en tant qu'être humains, mais aussi en tant que juifs ; en ce sens, Israël n'est en rien un Etat « juif ». .. Tout l'article