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La justice européenne vient de retirer temporairement le Hamas de la liste des organisations terroristes pour vice de procédure. L'ex-président américain,Jimmy Carter estimait cet été qu'il fallait reconnaître la légitimité du Hamas. Si ellle était maintenue, la décision de l'UE aurait le mérite de priver Israël d'une de ces guerres de la destruction et de la terreur qu'il répète à Gaza tous les deux ans depuis 2006. Si notre gouvernement est influencé par le lobby pro-Israël, il est ilmportant d'écouter des voix moins partisanes et plus sérieuses. Entretien avec Aude Signoles, auteure de "Le Hamas au pouvoir, et puis après?"

France-Palestine Hamas : Eclairage sur les idées reçues

mercredi 17 décembre 2014

Hamas : Eclairage sur les idées reçues  
Aude Signoles, enseignante en sciences politiques à Aix en Provence, auteure du livre « Le Hamas au pouvoir et après ? » aux éditions Milan Actu. Capture d'écran.

 

Alors que la Hamas a été enlevé aujourd'hui, mercredi 17 décembre, temporairement de la liste des organisations terroristes par la justice européenne (pour vice de procédure. Voir notre dernier article ), nous avons voulu savoir qui était vraiment le Hamas. Nous sommes donc allés interviewer Aude Signoles, enseignante en sciences politiques à Aix en Provence. Peu connue du grand public et des médias, elle est pourtant l’une des meilleures spécialistes du Hamas en France. Elle a travaillé sur le mouvement palestinien pendant une dizaine d’années. Aude Signoles est l’auteure du livre « le Hamas au pouvoir et après ?» (aux éditions Milan Actu). Elle nous offre un éclairage inédit sur le Hamas et démonte ainsi les idées reçues.

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Hamas : Eclairage sur les idées reçues  
Aude Signoles, Le Hamas au pouvoir et après ?, Editions Milan Actu, 2014. 

LCDA : Vous qui avez énormément travaillé sur le Hamas, vous retrouvez-vous dans la représentation qui est faite du mouvement palestinien en France dans les médias ?

Pas du tout. En France, dans les médias, ou même dans la bouche des hommes politiques, le Hamas est désigné comme un groupe terroriste. Il est uniquement présenté sous l’angle de la violence, du radicalisme. Son seul but serait de détruire Israël. Il y a bien entendu des personnes au sein du Hamas qui pensent de cette manière, mais ils sont marginaux au sein du mouvement.

LCDL : Vraiment ?

Oui et cela s’explique par le fait qu’on donne essentiellement la parole à cette frange marginale, alors forcément on ne peut pas connaître autre chose du Hamas ! Comme n’importe quel mouvement politique, la branche armée ne représente qu'une minorité au sein du Hamas. La plus forte composante du Hamas est sa branche caritative. Historiquement, cela a toujours été le cas. A Gaza, par exemple, tout le monde  connaît les membres du Hamas, ils sont sur le terrain depuis longtemps : ils apportent l’éducation, la santé, une assistance juridique aux familles. En cas de litiges entre familles, ce sont eux qui jouent le rôle de médiateurs. Le Hamas fait énormément de social. Il crée de nombreux clubs de jeunes, organise des actions sportives ou caritatives. 

LCDA : La branche politique du Hamas existe-elle depuis longtemps ?

En fait, elle est plutôt récente. La création du Hamas en 1987 et l’adoption de sa charte en 1988 sont profondément liées aux nouvelles orientations politiques que prend l’OLP (Organisation de  Libération de la Palestine) à cette époque. C’est l’époque de la Première Intifada (1987-1993), un mouvement populaire de résistance non violente et de désobéissance civile contre l’occupant israélien.

A cette époque, l’OLP accepte le plan de partage sur les frontières de 1949, exige le retrait israélien des territoires palestiniens et arabes conquis par Israël pendant la guerre des six jours en 1967, et opte pour un règlement diplomatique du conflit au détriment de la lutte armée, reconnaissant ainsi implicitement l’Etat d’Israël. A partir du moment où Arafat commence à négocier avec les Israéliens, le Hamas a peur d’être laissé de côté. Même si sa ligne politique est opposée à tout accord avec Israël, le fait d’avoir une branche politique, lui permet de faire entendre sa voix au sein de la société palestinienne. Une manière aussi de dire qu’il n’y a pas uniquement la branche armée au sein du Hamas et que finalement, une place est aussi faite à l'option de la trêve militaire.

LCDA : Le Hamas est-il « antisémite » ?

Dans sa Charte, le Hamas se donne pour objectif la libération de la Palestine de la Méditerranée au Jourdan, niant le droit d’Israël à exister en tant qu’ « entité sioniste ». En effet, l’ennemi est clairement identifié comme « l’entité sioniste » et ne vise pas les juifs en tant que groupe se référant à un système de croyances, une religion et des pratiques culturelles.


LCDA : Le Hamas ne reconnaît pas l’existence d’Israël et on entend souvent dire qu’il prône également sa destruction…

Depuis les accords de paix avec Israël signés en 1993 par l'OLP, le Hamas a vu ses positions évoluées. Il est prêt à une trêve militaire avec Israël à la condition que cet Etat arrête les assassinats ciblés de militants palestiniens et accepte les frontières reconnues par le droit international. Depuis que le Hamas a pris le pouvoir par les urnes dans la bande de Gaza en 2006, les dirigeants de ce mouvement font aussi tout pour empêcher les partisans de la lutte armée (issus de leurs rangs ou d'autres mouvances politiques comme le Djihad islamique) de réaliser des attaques contre Israël, en constituant par exemple une sorte de police des frontières. Le Hamas se dit prêt à renoncer à la lutte armée à condition qu’Israël reconnaisse les droits nationaux des Palestiniens et se retire des Territoires occupés. Et par rapport à l’OLP, le Hamas envisage depuis plusieurs années d’intégrer cette organisation pour que sa voix se fasse entendre au sein de l'organisation qui représente les Palestiniens sur la scène internationale et en dehors de la Palestine. 

LCDA : Le Hamas est donc favorable à un gouvernement d’unité nationale ?

Actuellement oui. C’est important pour le Hamas que ce gouvernement se fasse. Déjà parce que le Hamas est très affaibli, à Gaza, le mouvement est remis en cause par une partie croissante de la population qui lui reproche de ne pas leur apporter la sécurité à l'égard d'Israël. Le Hamas espère, surtout après l’attaque israélienne de l’été dernier, que la communauté internationale va revenir à Gaza, pour reconstruire mais aussi réinvestir. Ca leur permettrait de sortir un peu les populations de la situation de détresse économique dans laquelle elles se trouvent. Sur le plan régional, n’oublions pas aussi qu’ils ont perdu le soutien de l’Egypte, avec la chute de Morsi. Mais ce qui est le plus important pour le Hamas, c’est de pouvoir un jour, intégrer l’OLP. L’Organisation de Libération de la Palestine représente tous les Palestiniens, c’est elle qui est chargée de négocier. Cela serait logique que le Hamas puisse faire partie de l’OLP, puisqu’une partie de la population palestinienne, en Cisjordanie Occupée ou à l’extérieur, comme au Liban, dans les camps de réfugiés, les soutiennent. Je ne vois pas comment le Hamas ait pu négocier un accord avec l’Autorité palestinienne, sans avoir au préalable, discuter de leur entrée au sein de l’OLP.

LCDA : On dit aussi que le Hamas est contre la démocratie ?

Non. Le Hamas a remporté démocratiquement les élections municipales de 2005 et les élections législatives, l’année suivante. Les dirigeants du mouvement ont été surpris par l'ampleur de leur victoire, ils n'étaient pas prêts à gouverner les populations des Territoires tout seuls. C'est la raison pour laquelle, au départ, ils ont essayé de constituer un gouvernement incluant des membres d'autres partis politiques, dont certains du Fatah, le parti "perdant". Mais aucun n'a accepté et le Hamas a été contraint de former seul le gouvernement. Les priorités que le Hamas affichaient alors étaient  la lutte contre la corruption et le clientélisme de l’administration, une refonte des services de sécurité et un certain nationalisme économique. Toutefois, le mouvement n'a pas eu le temps de commencer à le mettre en oeuvre, du fait de la réaction de rejet de la communauté internationale et d'Israël, qui ont appelé au boycott. Le Quartet (ONU, USA, Russie, UE) a notamment conditionné le maintien du financement de l’Autorité Palestinienne à la reconnaissance d’Israël, l’arrêt de la violence et l’acceptation des accords de paix passés. Ce que le Hamas n'a pas accepté de faire. En juin 2007, c’est la séparation politique entre le Fatah et le Hamas. Le premier s’affirmant sur la Cisjordanie et le second contrôlant la bande de Gaza.

LCDA : Certains hommes politiques français comparent le Hamas à Daesh….

Ces deux groupes politiques n'ont rien à voir ! Le Hamas a un agenda nationaliste, il est un mouvement de résistance, qui lutte pour la libération nationale de la Palestine, avec des limites territoriales claires. Il ne tient pas un discours « jihadiste », anti-Occident. C’est un mouvement avec lequel on peut discuter. Daesh, lui, veut faire le « jihad » partout dans le monde. 

LCDA: On dit aussi que le but du Hamas c’est « d’imposer la Charia »….

D’abord, la « Charia » n’est pas un texte. En Occident, on la caricature, en la présentant comme une chose uniforme. Or, elle évolue selon les pays et les périodes. La « charia » s’apparente à du droit coutumier. Elle est une façon de diffuser les valeurs de l’Islam dans les pratiques politiques et sociales. Le Hamas, en 1996, lors du projet de constitution palestinienne, n’a jamais demandé l’établissement de la Charia "pure". Certes, ils ont demandé à ce qu’il y ait une référence au droit islamique dans le préambule de la Constitution, mais ils ont également accepté qu’il y ait d’autres sources juridiques de référence, comme mention faites aux Droits de l’Homme, par exemple. La place importante qu’a prise la religion dans la société palestinienne n’est pas du seul fait du Hamas. A Gaza, elle s’explique surtout pas une absence de perspective d’avenir, un blocus israélien hermétique qui dure depuis dix ans. Le Hamas est souvent présenté comme un mouvement exclusivement religieux, anti-israélien. C’est avant tout un mouvement nationaliste. Son programme ce n’est pas la « charia », mais la fin de l’occupation israélienne et la libération de la Palestine.

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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